Congrès de la Fédération nationale bovine à Clermont-Ferrand : Comment redonner de l'avenir à l'élevage ?

Publié le 3 février 2026 par Sophie Chatenet

C'est quoi la Fédération nationale bovine ?

Il s'agit d'une association d'éleveurs, qui est la branche bovin viande, spécialisée de la FNSEA. La Fédération nationale bovine plus connue sous l'acronyme de FNB est composée de sections d'éleveurs dans tous les départements de France de manière à embrasser tous les territoires et leurs problématiques spécifiques. Le combat majeur de la FNB c'est la rémunération des producteurs.

On est issu du terrain, on est élu du terrain. On est des éleveurs comme tous les autres et c'est bien ça le plus important car nous sommes un syndicat de professionnels agricoles", Cédric Mandin, éleveur en Vendée et secrétaire général de la FNB.

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Anna Beck Pamac
Cédric Mandin, éleveur en Vendée, secrétaire général de la FNB.

Jean-Philippe Giraud, éleveur de bovins de race limousine dans le Puy-de-Dôme, témoin de l'évolution des structures d'élevage

Les représentants locaux et nationaux de la FNB se sont retrouvés, mardi 3 février, sur l'exploitation de Jean-Philippe Giraud à Romagnat, en proche périphérie de Clermont-Ferrand afin de présenter les enjeux de ce congrès 2026 placé sous le signe de la reconquête de l'élevage. Dans la famille Giraud, on est éleveur depuis plusieurs générations. Et c'est Jean-Philippe qui est désormais à la tête d'une ferme qui accueillait jusqu'il y a peu, quatre associés. Il emploie un salarié. Aux tournants des années 2000, l'exploitation a abandonné la production laitière pour se consacrer exclusivement à l'élevage allaitant. Il commercialise ses animaux en vente directe et en circuit traditionnel. Animé par une passion sincère pour son métier, il se réjouit aujourd'hui que son travail porte ses fruits avec des prix rémunérateurs.

Son espoir pour demain : "Faire perdurer l'outil de travail, ce qu'on m'a transmis. Il ne faut pas baisser les bras car on arrive à voir le bout du tunnel".

Il y a 18 ans Clermont-Ferrand accueillait le congrès de la FNB. Qu'est-ce qui a changé depuis ?

La décapitalisation du cheptel bovin français s'est accélérée de manière dangereuse.

En 10 ans, plus d'un million de vaches ont été perdues dont plus de 700 000 bovins allaitants. L'élevage allaitant français repose sur 48 000 exploitations, contre 62 000, dix ans plus tôt. 

Après une baisse significative des abattages enregistrée en 2025, les prospectives du service économie de l’Institut de l’élevage misent sur un relatif maintien de la production en 2026. Sur les deux dernières années, la production française de viande bovine est passée de 1 295 000 tonnes équivalent carcasse (téc), à 1 262 000 téc, soit une baisse de 2,6 %.

La France allaitante bovine valorise sept millions d’hectares, et cette surface n’a pas changé depuis 2010 alors que le nombre de vaches s’est drastiquement réduit. Le chargement moyen s’est ainsi réduit pour arriver à un niveau très bas. « Les exploitations s’agrandissent sans augmenter leur cheptel (extensification) pour maintenir leur autonomie fourragère » précise David Chaize, président de la section bovine de la FNSEA 63

Pourquoi la filière bovine a des raisons d'espérer ?

« C'est la première fois que nous faisons un congrès où les coûts de production des éleveurs allaitants sont couverts par les prix de vente. C'est toutefois assez récent (moins d'un an) et tous les éleveurs n'ont pas encore pu en profiter. Début 2025, le prix des broutards a dépassé l’indicateur de coût de production. Il en a été de même pour le prix des animaux gras, des jeunes bovins et des vaches durant l’été. Cela n’est pas le fruit du hasard mais bien la conséquence du combat que nous menons depuis plusieurs années sur la juste rémunération des producteurs à travers notamment les lois Egalim et le travail mené avec nos partenaires commerciaux européens qui a fortement contribué à ces augmentations de prix » précise Patrick Bénézit, éleveur dans le Cantal et président de la FNB.

La défense du prix reste LA priorité de la fédération nationale bovine pour faire face à l'érosion de l'élevage français.

La ministre de l'Agriculture est attendue, jeudi 5 février au congrès de la Fédération nationale bovine. Quelles sont les principales revendications des éleveurs ?

Ce plan élevage comprenait des éléments sur les prix, la concurrence déloyale, mais aussi sur le sanitaire. Beaucoup d'éléments restent encore en suspens.

La vigilance est de mise. Lors du congrès, les accords commerciaux internationaux seront évidemment menu. Le 21 janvier, le renvoi de l'accord entre l'Europe et les pays du Mercosur à la Cour de justice de l'UE, après le vote positif des eurodéputés, représente une victoire pour les éleveurs français, notamment pour la FNB qui a joué un rôle décisif aux côtés de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs. Cependant, la fédération doit restée mobilisée, alors que l'accord avec l'Australie, qui prévoit une augmentation des importations de viande bovine vers l'Europe, pourrait voir ses négociations s'accélérer.

Il y a deux ans, la DNC n’était pas présente mais la FNB plaidait déjà en faveur de l’anticipation. "Maladie par maladie, il s’agit de savoir qui fait quoi, qui paye quoi, quel est le cadre", estime Patrick Bénézit.

Les éleveurs bovins plaident en faveur d'une PAC plus juste pour l'élevage. "En 2022-2023, lors de la mise en œuvre de la dernière PAC c'est à ce moment là que nous avons assisté à la moitié de la décapitalisation du cheptel. Le signal politique envoyé à l'élevage a été catastrophique. A l'aube d'une nouvelle PAC on souhaite que l'élevage soit prioritaire", détaille le président de la FNB.