Le 7 octobre 2026, au Sommet de l’Elevage, l’écrivain et académicien Erik Orsenna, accompagné de chercheurs, d’éleveurs et de représentants professionnels, a participé à une conférence consacrée à l’avenir de ces systèmes agricoles.

Organisée avec la Banque Populaire Auvergne Rhône Alpes, le SIDAM et la COPAMAC, cette conférence intitulée « Territoires d’élevage : les systèmes herbagers et pastoraux, une force pour l’avenir » s'inscrivait dans le cadre de l'Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux 2026.
Avant même sa participation à la conférence, Erik Orsenna avait exprimé sa volonté de donner davantage de visibilité aux préoccupations des agriculteurs.
« Ce que je veux avant tout, c’est échanger avec les éleveurs pour comprendre leurs besoins, leurs questionnements, et me faire leur porte-parole. », déclarait-il dans un entretien publié avant le Sommet.
Pourquoi les élevages herbagers sont-ils indispensables aux territoires ?
Premier enseignement de cette conférence : l’élevage herbager ne se limite pas à la production de lait et de viande. Il contribue également à l’entretien des paysages, à la biodiversité et à l’économie des territoires ruraux.

C'est le cas du Massif Central, ou les contraintes géographiques ( altitudes, reliefs,.) rendent difficile d’accès certaines surfaces. Pour Yannick Fialip, éleveur et président du SEDIMA, les troupeaux jouent un rôle déterminant dans l’entretien de ces espaces. Sans pâturage, certaines surfaces seraient progressivement gagnées par la végétation, entraînant ainsi une fermeture du paysage.
Ajouter à cela, l’élevage participe au maintien des emplois et de l’activité économique dans les territoires. Yannick Fialip a notamment rappelé l'importance des compétences développées par les agriculteurs pour maintenir ces équilibres territoriaux.
“Notre nation a le privilège d'avoir des agriculteurs passionnés sur ces territoires, qui ont développé des compétences très élevées pour structurer notre espace et maintenir une vie sociale et économique. " Yannick Fialip, président du SIDAM
Cette diversité des territoires a également été soulignée par Erik Orsenna. Lors de son intervention, l'académicien a défendu la nécessité de « mettre un s à agricultures », afin de reconnaître la pluralité des modèles agricoles français et leurs spécificités territoriales.
Des prairies qui stockent du carbone et préservent la biodiversité
Sur le plan scientifique, Jean-Yves Bechler, président du centre INRAE Clermont-Auvergne-Rhône-Alpe, a souligné les nombreux services écosystémiques rendus par les prairies permanentes.
Ces surfaces contribuent notamment au stockage du carbone dans les sols, à la préservation de la biodiversité et au maintien de milieux ouverts. Selon les conditions locales, leur entretien par le pâturage peut également participer à la limitation de certains risques naturels, notamment les incendies.
Le chercheur a rappelé l'évolution des travaux scientifiques sur ces questions. Depuis la publication du rapport de la FAO en 2006 sur les impacts environnementaux de l'élevage, les recherches ont permis d'affiner les connaissances et de mieux différencier les systèmes de production.
Peut-on réellement vivre de l'élevage pastoral ?
C'est l'une des grandes questions soulevées pendant les débats : comment rémunérer les éleveurs pour les services qu'ils rendent à la société ? Car si les prairies participent à l'entretien des territoires, au stockage du carbone et à la préservation des paysages, ces contributions ne génèrent pas nécessairement de revenu supplémentaire pour les agriculteurs.
Sophie Thoyer, économiste spécialisée dans l'agriculture et l'environnement à INRAE, a expliqué ce décalage à travers la notion “d'externalité positive”.
« Il y a un décalage entre les services environnementaux reconnus de l’élevage, et les revenus des éleveurs. Car ces services là ne sont pas captés par un marché. », a-t-elle expliqué lors de la conférence.
En économie, cette expression désigne un bénéfice apporté à la collectivité par une activité, sans que celui-ci soit systématiquement pris en compte dans les prix du marché. Autrement dit, un éleveur peut contribuer à préserver un paysage, entretenir des milieux naturels et favoriser la biodiversité sans être directement rémunéré pour ces actions.
Une problématique également soulevée par Erik Orsenna, qui a insisté sur l'importance de « donner de la valeur au bien commun ». Selon l'académicien, la recherche économique doit notamment contribuer à mieux évaluer les bénéfices collectifs générés par les activités agricoles.
Des aides agricoles aux paiements environnementaux
Les démarches de différenciation commerciale constituent une première réponse. Les appellations d'origine protégée (AOP), les produits de montagne et certaines initiatives associant producteurs et consommateurs permettent de mieux valoriser l'origine et les conditions de production. Dans les zones de montagne et les territoires soumis à des contraintes naturelles, l'Indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) contribue à soutenir les exploitations.

D'autres dispositifs, comme les paiements pour services environnementaux (PSE), permettent de rémunérer certaines pratiques bénéfiques pour l'environnement, notamment la protection des ressources en eau.
Pour les intervenants, la pérennité des élevages repose avant tout sur des prix de vente permettant de couvrir les coûts de production, de rémunérer le travail et de financer les investissements. Un enjeu également défendu par Patrick Bénézit, président de la COPAMAC, qui a insisté sur la nécessité de garantir aux producteurs des conditions économiques viables.
Changement climatique : comment les éleveurs adaptent-ils leurs pratiques ?
Le sujet majeur dans cette conférence reste avant tout l’impact du changement climatique sur les exploitations et les systèmes herbagers. Ces fortes sécheresses obligent les exploitants à repenser leurs pratiques, en particulier dans la gestion des stocks fourrager et hydrique.
AP3C, un programme pour anticiper le climat de demain
Le programme AP3C ( Adaptation des pratiques culturales au changement climatique), lancé en 2015, mobilise les Chambres d’agriculture et les partenaires scientifiques afin d’étudier les évolutions climatiques à l’échelle des territoires. L’objectif est de fournir des données suffisamment précises pour aider les agriculteurs à adapter leurs systèmes de production.
Notamment le programme permet d’anticiper les périodes de stress hydrique, les variations de températures et leurs conséquences sur les productions fourragères.
Installation et transmission : comment attirer une nouvelle génération d’éleveurs ?
Dans les prochaines années, les départs à la retraite vont concerner une part importante des exploitants agricoles. La transmission des fermes devient donc un enjeu déterminant pour maintenir l'activité d'élevage dans les territoires.
Ludivine Lot, éleveuse de bovins charolais et présidente des Jeunes Agriculteurs de l'Allier, a apporté le témoignage d'une génération confrontée à l'accumulation des contraintes.
- Investissements importants,
- Endettement,
- Crises sanitaires,
- Incertitudes économiques
- Aléas climatiques
La question ne concerne pas uniquement la capacité à financer une exploitation. Elle porte également sur la possibilité de construire un projet professionnel durable.
Les “Casse-croûte de la transmission” pour faciliter les reprises.
Autre initiative présentée lors de la conférence : les « Casse-croûte de la transmission », développés dans l'Allier. Le principe consiste à réunir autour d'un repas des agriculteurs proches de la retraite et des candidats à l'installation, avec l'appui des organisations professionnelles. Cette démarche répond notamment aux difficultés rencontrées dans les reprises hors cadre familial, lorsque le futur agriculteur ne bénéficie pas d'une transmission au sein de sa famille.
Et pour aller plus loin, retrouvez l'intégralité de cette conférence avec Erik Orsenna, Yannick Fialip, Jean-Yves Bechler, Sophie Thoyer, Ludivine Lot et Patrick Bénézit sur la chaîne YouTube du Sommet de l'Élevage.

