Semis direct et polyculture-élevage font bon ménage

Publié le 3 octobre 2026 par Maëva Veysset

L’importance du capital-sol

Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes : le semis direct fonctionne sur tout type de sol et sous tous les climats. Il n’y a donc pas d’excuse à chercher de ce côté-là. Mais il n’est qu’un moyen dans la mise en place d’une démarche plus globale d’agriculture de conservation des sols ou d’agriculture régénératrice, des termes qui renvoient à la notion-clé de fertilité des sols. En ce sens, il est vrai que le semis direct fonctionne d’autant mieux et offre des résultats positifs d’autant plus rapides sur des sols dont la fertilité de départ peut être considérée comme « correcte ».

©tom van dyck

S’il n’est pas facile de qualifier la fertilité d’un sol et même si l’on ne peut pas s’appuyer uniquement sur ce paramètre, la teneur en matière organique reste un indicateur assez parlant. Et d’une manière générale, les sols des fermes en polyculture-élevage sont souvent mieux pourvus pour diverses raisons : rotations plus diversifiées incluant des prairies pluriannuelles, moindre travail du sol, présence de légumineuses, disponibilité d’engrais de ferme, etc. Cela demande bien sûr une vérification au cas par cas car on peut aussi trouver des sols très dégradés dans des régions d’élevage du fait de certaines pratiques (ex. élevage bovin hors-sol avec zéro pâturage et des années d’enchaînement ray-grass – maïs fourrage avec travail du sol intensif). Tout comme on peut trouver des sols encore relativement préservés (et heureusement !) dans des régions de grandes cultures.

La polyculture-élevage, somme toute logique

Si on ambitionne de remettre l’agronomie au cœur des systèmes agricoles et d’encourager la résilience de nos fermes, les modèles de production en polyculture-élevage apparaissent des plus logiques, la complémentarité animal-végétal comme une évidence. C’est d’autant plus flagrant dans un environnement économique aussi instable ; les prix des intrants comme des produits agricoles pouvant évoluer très rapidement dans un sens comme dans l’autre, il est important de pas mettre tous ses œufs dans le même panier et rechercher un maximum d’autonomie sur le volet appros.

On n’effacera pas d’un trait des décennies de spécialisation des zones de production et des exploitations agricoles. Mais il faut être lucide sur les résultats de cette politique qui a certes amélioré la productivité à court terme, mais surtout conduit à des impasses techniques, à une dépendance accrue vis-à-vis de l’extérieur et donc à une plus grande vulnérabilité économique des exploitations.

Une convergence agronomique et économique

Notre santé de même que celles des animaux d’élevage passent avant tout par la qualité de notre/leur alimentation et donc par la santé des sols sur lesquels ces aliments sont produits. Raison de plus pour considérer davantage nos sols et en prendre le plus grand soin.

Comme nous l’avons largement abordé dans les précédentes publications, l’agriculture de conservation des sols est une réponse - parmi d’autres - aux défis agronomiques et économiques qui s’imposent à nous. Ses fondements que sont la rotation des cultures, la couverture permanente du sol et la réduction drastique du travail du sol sont d’autant plus applicables en polyculture-élevage, surtout lorsque des ruminants sont présents sur la ferme. Il serait donc dommage de s’en priver ! Voyons comment aborder les choses concrètement :

- Rotation des cultures

C’est un critère simple à respecter dès lors qu’on inclut des cultures fourragères, notamment des prairies, qui vont amener de la diversité et permettre facilement l’intégration de légumineuses dans les rotations. En créant une véritable rupture de longue durée, elles peuvent aussi être une réponse efficace à des problèmes de salissement. De même, on rechigne moins à mettre en place des cultures habituellement peu rentables et/ou plus risquées techniquement si on peut les valoriser par le biais d’un atelier d’élevage.

- Couverture permanente du sol

C’est d’abord une évidence pour les prairies/luzernes moyennant bien sûre une gestion adaptée de leur exploitation pour garantir leur pérennité. Semées sous couvert d’une céréale par exemple, leur installation est sécurisée et évite les périodes de sol nu. Par ailleurs, on investira plus aisément dans des couverts végétaux et autres cultures dérobées qui peuvent potentiellement nourrir un troupeau.

- Réduction du travail du sol

Encore une fois, des prairies/luzernes en place pendant plusieurs années limitent naturellement le recours fréquent au travail du sol. Moins de travail du sol, c’est aussi plus de portance, et cela fait du semis direct un levier d’action très efficace dans la gestion du trafic parfois assez intense dans les parcelles (récoltes répétées, épandages d’engrais de ferme). Enfin, la réduction du travail du sol est une réponse toute trouvée aux problèmes organisationnels - notamment manque de main d’œuvre -auxquels font face beaucoup de fermes, et en particulier celles concernées par des ateliers d’élevage et les astreintes qui leur sont associées.

Une mise en œuvre facilitée par le semis direct, sous conditions

Moyennant le respect des fondements précédents de l’agriculture de conservation des sols, le semis direct est une solution efficace et économique tout à fait compatible avec les pratiques couramment rencontrées en polyculture-élevage. Ceci avec un risque d’échec mesuré pour ne pas dire faible dès lors que l’on fait les choses avec bon sens :

  • Démarrer sur les meilleures parcelles, les plus fertiles - les mieux structurées/nivelées et les plus propres - pour prendre confiance et constater que le semis direct donne d’aussi bons résultats que les façons plus classiques sur un sol qui fonctionne bien.

  • Parallèlement, préparer progressivement les autres parcelles (phase de transition) en menant les actions nécessaires à leur restauration de leur fertilité (restructuration/nivèlement mécanique, apport de matières organiques par des engrais de ferme et/ou des couverts, apports d’amendements calciques le cas échéant, etc.).

  • Intensifier la production de biomasse autant que faire se peut par l’implantation quasi-systématique d’intercultures, l’association de cultures, le sursemis régulier des prairies/luzernes, etc. Le semoir direct permet un enchaînement rapide des cultures à moindre frais et devient alors un outil incontournable dans la réussite du système.*

  • Se montrer patient pour privilégier les interventions en bonnes conditions (prévenir plutôt que guérir…), ne pas avoir peur de tester, savoir saisir des opportunités qui s’offrent à nous ou au contraire savoir renoncer plutôt que s’entêter si les conditions du moment sont jugées défavorables.

Alors lancez-vous !

On a perdu beaucoup d’élevages en France ces derniers années mais aussi beaucoup de fermes toutes productions confondues. En revanche, on parle moins des quelques céréaliers engagés dans une démarche d’agriculture de conservation des sols qui ont réintroduit un atelier d’élevage (ovins viande le plus souvent) sur leurs fermes. Une démarche courageuse, encore trop rare, mais qui démontre que certains/certaines ont bien saisi tout l’intérêt de la synergie agronomique et économique entre une production animale et un production végétale respectueuse voire régénératrice des sols. De quoi susciter des vocations dans les plaines ? On ne se lance pas par hasard dans un tel projet… En revanche, si vous êtes éleveurs/éleveuses avant tout, alors qu’attendez-vous pour vous lancer ?

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