La Fresque de l'élevage herbivore durable: un nouvel outil pour mieux comprendre et débattre

Publié le 3 avril 2026 par Maëva Veysset

Présentée au Sommet de l’Elevage 2025, la Fresque de l’élevage herbivore durable est un outil pédagogique pensé comme un support de médiation scientifique. Inspirée de la Fresque du Climat, elle cherche à rendre plus lisible les enjeux, les impacts et les services rendus par l'élevage herbivore.

 

L’origine de la Fresque de l'élevage herbivore durable

 

L'origine de la fresque remonte à une réflexion portée par le Sommet de l'Elevage, après sa participation à la Convention des entreprises pour le climat. L'événement a voulu s'inspirer de la Fresque du Climat, outil largement connu, pour imaginer un support dédié à l'élevage herbivore durable.

Caroline Guinot ingénieure agronome, spécialiste des enjeux environnementaux, et coordinatrice de la création de la fresque raconte que cette idée est née d'une volonté très concrète : proposer un format qui permette de :

"Comprendre l'élevage herbivore dans toutes ses composantes et comment en faire en sorte qu'il soit plus durable".

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Le projet a ensuite réuni plusieurs partenaires, dont les Shifters project Auvergne, VetAgro Sup et l'INRAE ​​via le JIS Avenir Élevage.

"L'objectif était de créer un outil pédagogique et de dialogue sur ce qu'est l'élevage herbivore et sur toutes ses composantes". Explique Caroline Guinot

La fresque a été élaborée tout au long de l'année 2024, avec plusieurs temps de travail et de validation. L'idée était de construire un outil solide, fondé sur des faits, mais aussi suffisamment lisible pour être utilisé auprès de publics variés. Caroline Guinot insiste d'ailleurs sur le fait que le Shift Project travaille "sur des faits" et consulte "énormément les acteurs qui font sur le terrain".

 

Qu’est ce que la fresque de l'élevage durable ?

La fresque représente l'élevage herbivore dans son ensemble, de la ferme jusqu'à la ville, avec aussi les étapes de transformation comme la laiterie ou l'abattoir. Elle fait apparaître les prairies, les différents animaux herbivores, les cultures destinées à les nourrir, mais aussi des éléments liés à la biodiversité, aux énergies renouvelables et aux paysages.

Caroline Guinot rappelle que l'élevage herbivore français repose très largement sur les prairies :

"Les surfaces qui nourrissent les herbivores, c'est 83% de prairies".

Cette donnée permet de mieux comprendre pourquoi le paysage de l'élevage est si marqué par l'herbe, les haies et les espaces ouverts. La fresque met ainsi en évidence les liens étroits entre l'activité agricole et l'aménagement des territoires.

Elle montre aussi que l'élevage ne produit pas seulement du lait ou de la viande. Il produit aussi des paysages, des emplois, des services écologiques et des dynamiques territoriales. À l'inverse, elle n'évite pas les sujets sensibles, comme les énergies fossiles, les importations de soja ou la question des gaz à effet de serre. Cette double lecture fait toute sa richesse.

 

Un outil déjà intégré à l’enseignement ?

La fresque a été testée dès sa première version dans les modules d'enseignement, en particulier à VetAgro Sup. Pour Caroline Guinot, elle constitue "une super introduction à un cours sur la durabilité", parce qu'elle permet de voir tous les aspects avant de zoomer sur des thèmes plus précis comme les gaz à effet de serre, la biodiversité ou la vitalité rurale.

Usage pédagogique de la Fresque de l'Elevage Durable

Cet usage pédagogique est l'un des grands atouts du dispositif. En quelques minutes ou en plusieurs heures selon le format choisi, les participants acquièrent une vision d'ensemble de l'élevage herbivore, puis peuvent approfondir certains sujets. Les enseignants y découvrent donc un support précieux pour introduire des notions complexes sans perdre le lien avec le réel.

L'intérêt est aussi de faire parler les étudiants, de les faire raisonner ensemble et de relier les connaissances scientifiques à des situations concrètes. La fresque devient alors un outil d'apprentissage actif, dans lequel les participants ne se contentent pas d'écouter, mais construisent en eux-mêmes leur compréhension du sujet.

 

Comment ça fonctionne ?

L'outil existe en deux versions :

  • La première est un format rapide, basé sur un grand visuel de paysage d'élevage, qui peut être utilisé en 15 à 45 minutes selon le niveau de détail recherché. Les participants observent l'image, repèrent ce qui leur semble positif ou négatif, puis échangent autour de leur choix.
La Fresque de l'Elevage Herbivore Durable

  • La deuxième version repose sur un jeu de cartes et dure environ trois heures pour un groupe d'une huitaine de personnes. L'objectif est alors de reconstituer le système de manière plus approfondie, en s'appuyant sur une quarantaine de cartes qui abordent différentes dimensions : troupeau, surfaces, effluents, énergie solaire, entrants, produits ou externalités positives.
Le jeu de cartes associé à la Fresque de l’Élevage Herbivore Durable.

 

Les enjeux du dispositif

L'un des intérêts les plus forts de la fresque est qu'elle fait découvrir des éléments souvent invisibles ou sous-estimés. Caroline Guinot insiste par exemple sur le rôle de la prairie, des haies ou du recyclage des effluents, qu'elle présente comme des éléments essentiels du fonctionnement des fermes. Elle évoque aussi l'importance de la photosynthèse, qu'elle décrit comme "le moteur principal de toute exploitation agricole" .

L'outil s'adresse donc aussi bien aux éleveurs qu'aux citoyens, aux enseignants, aux collectivités ou aux acteurs de l'agroalimentaire. Tous peuvent y trouver un moyen d'entrer dans un sujet complexe sans le réduire à un débat d'opposition.

Ce qui ressort de cette fresque, c'est la volonté de faire comprendre sans caricaturer.

Caroline Guinot insiste "il faut regarder l'élevage dans son ensemble, avec ses impacts négatifs, mais aussi avec toutes ses composantes positives".