Agriculture de montagne : les massifs français défendent une PAC forte et équitable
L’agriculture de montagne fait face à des contraintes spécifiques : coûts de production plus élevés, conditions d’exploitation difficiles et équilibres économiques fragiles. Malgré son poids dans l’agriculture française, elle subit une baisse importante du nombre d’exploitations. Dans le cadre des discussions sur la future Politique agricole commune (PAC), les représentants des massifs réunis dernièrement à Ax-les-Thermes (Ariège) réclament un budget préservé, des aides mieux ciblées et une meilleure reconnaissance des services rendus par l’élevage en montagne.
Les territoires de montagne représentent aujourd’hui 94 815 exploitations agricoles, 7,1 millions d’hectares, 40 % des herbivores français et la moitié des surfaces herbagères nationales. Pourtant, le secteur a perdu 21 % de ses exploitations en dix ans.
Face à cette fragilisation, la feuille de route intermassifs (Alpes, Jura, Vosges, Pyrénées, Massif central et Corse) fixe plusieurs priorités pour l’avenir de la PAC. Elle exige notamment un budget revalorisé au niveau de la programmation actuelle et juge inacceptable la baisse de 13 % envisagée pour la France.
Remettre les agriculteurs actifs au cœur de la PAC
Au nom du Massif central, Yannick Fialip, président du SIDAM, a alerté sur deux enjeux majeurs pour l’agriculture de montagne : "le vieillissement des exploitants et la décapitalisation des cheptels de ruminants. Aujourd’hui, un exploitant agricole sur deux a plus de 55 ans, ce qui soulève la question du renouvellement des générations en agriculture".

Pour répondre à ces difficultés, les représentants des massifs défendent plusieurs mesures dans le cadre de la future PAC :
- Une définition stricte de l’agriculteur actif, afin de mieux cibler les aides agricoles.
- Une plus grande transparence dans les GAEC.
- Un montant unique d’aide à l’hectare.
- Le plafonnement du DABIS (il est destiné à unifier et remplacer plusieurs dispositifs de paiements directs actuels (comme les Droits à Paiement de Base - DPB) par une aide unique calculée à l'hectare.
- Un paiement redistributif sur les premiers hectares, en faveur des exploitations familiales.
Future PAC : les cinq priorités défendues par les massifs
Les interventions des représentants des massifs ont porté sur les cinq grands axes de la feuille de route intermassifs. Ces priorités concernent aussi bien la rémunération des producteurs que l’installation des jeunes agriculteurs et la gestion des risques.
1. Mieux rémunérer les producteurs et défendre l’origine des produits
Les représentants souhaitent renforcer les outils de régulation des marchés, notamment à travers l’organisation commune des marchés (OCM) et les clauses miroirs, afin de mieux protéger les producteurs et de favoriser des conditions de concurrence plus équitables.
2. Favoriser l’installation et mieux cibler les aides
Le renouvellement des générations constitue un enjeu central pour l’avenir de l’agriculture de montagne. Les massifs demandent des dispositifs favorisant l’installation des jeunes agriculteurs et un ciblage plus précis des aides vers les actifs agricoles.
3. Préserver l’ICHN et reconnaître les surfaces pastorales
L’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) reste essentielle pour soutenir les exploitations confrontées aux contraintes du relief et du climat. Les représentants des massifs défendent également une meilleure prise en compte des surfaces pastorales, notamment à travers les règles de proratisation.
4. Soutenir l’élevage herbager et ses services écosystémiques
Les aides couplées et la reconnaissance des services écosystémiques de l’élevage herbager figurent parmi les priorités. L’élevage de ruminants contribue en effet au maintien des prairies et à la valorisation des ressources fourragères dans les territoires de montagne.
5. Améliorer la gestion des risques agricoles
Les massifs demandent une réponse plus adaptée aux risques qui fragilisent les exploitations : sécheresse, maladies animales et prédation. La gestion des risques constitue un levier essentiel pour préserver la viabilité économique des élevages.
PAC : ENTRE convergences ET DIVERGENCES européennes
Les députés européens présents en Ariège ont exprimé plusieurs points de convergence, notamment sur la défense de l’ICHN, la reconnaissance des surfaces pastorales, la création d’un dispositif de soutien à l’installation des jeunes agriculteurs et la refonte de la gestion des risques.
Claire Fita défend des aides couplées renforcées
Claire Fita, députée européenne du groupe S&D, a plaidé pour porter les aides couplées à 35 %, renforcer la régulation des prix grâce à l’OCM et assouplir le plafonnement du DABIS. Elle a également souligné la nécessité de définir l’agriculteur actif sans exclure les situations de pluriactivité, fréquentes dans certains territoires ruraux.
Jérémy Decerle critique la proposition de la Commission européenne
De son côté, Jérémy Decerle, député européen du groupe Renew, a vivement critiqué la proposition de la Commission européenne. Il a défendu le maintien du taux de couplage à 20 % et appelé à privilégier les mécanismes incitatifs plutôt que les dispositifs punitifs. Il s’est également prononcé en faveur d’une transparence élargie à d’autres formes sociétaires, à condition que la définition de l’agriculteur actif soit suffisamment stricte.
Prédation : les massifs demandent une évolution rapide des règles
La gestion de la prédation constitue un autre enjeu important pour les élevages de montagne, particulièrement exposés aux attaques de grands carnivores. Sur ce dossier, les groupes représentés ont exprimé une position commune en faveur d’une application rapide en France des évolutions européennes. Ils appellent également à envisager une évolution plus profonde du cadre applicable au statut des grands carnivores.


