SIA 2026 : le FNSEA présente ses doléances en vue de la PAC 2028

Publié le 25 février 2026 par Maeva Veysset

Lundi 23 février 2026, sur le stand de la FNSEA au Salon de l’agriculture, une conférence intitulée « Une PAC plus économique : enjeux et perspectives pour la FNSEA » a réuni Yannick Fialip, membre du bureau et président de la commission économique, Franck Sander, vice-président de la FNSEA et de la COPA, et Elie Tsifrou, secrétaire général du Copa‑Cogeca à Bruxelles. Ensemble, ils ont passé au crible la future PAC, ses coupes budgétaires et le risque de renationalisation, détaillant les lignes rouges et les propositions du syndicat majoritaire pour les agriculteurs français.

Une PAC sous tension budgétaire et politique

La prochaine programmation de la PAC, prévue à partir de 2028, se construit sur une proposition de la Commission européenne présentée le 16 juillet 2025 qui prévoit une baisse significative des moyens spécifiquement consacrés à l’agriculture. Cette enveloppe reculerait d’environ 20% par rapport à la PAC actuelle, avec une diminution estimée autour de 13% pour la part française. Pour les responsables présents au Salon, la portée de ce choix dépasse le simple débat comptable :

« La PAC est le pilier du marché unique et de la chaîne alimentaire, si on commence par couper dans ce pilier, tout l’édifice vacille. » (Yannick Fialip).

Autre évolution majeure : l’intégration des crédits agricoles dans un grand fonds de partenariats mêlant agriculture, cohésion, migration ou transport, ce qui rompt avec la logique des deux piliers clairement identifiés. Cette architecture, jugée peu lisible, alimente les critiques. « On ne peut pas noyer la PAC dans un grand pot commun et prétendre ensuite qu’elle reste une politique vraiment commune », a résumé Elie Tsifrou, en rappelant que la Cour des comptes européenne elle-même a alerté sur les risques de dilution et d’instabilité.

Franck Sander prend la parole lors de la conférence de presse de la FNSEA

Mobilisations et fondamentaux : “Sans PAC, pas de revenu”

Sur le stand de la FNSEA, les intervenants ont d’abord replacé la conférence dans la séquence de mobilisation des derniers mois. Dès l’été 2025, les organisations agricoles contestent la proposition de la Commission, puis des actions se succèdent dans plusieurs capitales, jusqu’à une manifestation rassemblant plusieurs milliers d’agriculteurs en Belgique. « Nous avons montré, de Strasbourg à Bruxelles, que le sujet PAC ne concernait pas seulement quelques techniciens mais bien le quotidien de dizaines de milliers de fermes », a rappelé Franck Sander.

Au-delà des dates, la FNSEA a réaffirmé ses fondamentaux. Les paiements directs restent, pour une grande partie des exploitations, la condition d’un revenu stabilisé. « Sans PAC, il n’y a pas de revenu, c’est aussi simple que cela. », a lancé Yannick Fialip, rappelant que les exploitations européennes sont engagées dans une compétition mondiale où la Chine, les États‑Unis ou la Russie renforcent leurs dispositifs de soutien. Pour Elie Tsifrou, le lien entre PAC et souveraineté est direct :

« On ne peut pas parler d’autonomie stratégique de l’Europe si l’on fragilise la seule politique qui sécurise notre production agricole. » (Elie Tsifrou)

Budget, cofinancement, règles : les lignes rouges

Le premier point de friction identifié par la FNSEA concerne le budget et le recours accru au cofinancement national et régional. Une part importante des aides dépendrait désormais des marges de manœuvre budgétaires de chaque État membre, voire de chaque région. « Demain, ce ne sera plus la PAC qui garantira l’égalité des conditions, mais la richesse ou la pauvreté des budgets nationaux », a mis en garde Elie Tsifrou. Pour les responsables syndicaux, la France partirait déjà avec un handicap si son enveloppe recule de 13% tandis que certains voisins d’Europe centrale bénéficieraient d’augmentations.

La question de la dégressivité des paiements est tout aussi sensible. Le projet européen prévoit un plafonnement plus strict des aides et une dégressivité marquée au-delà d’un certain seuil.

« On nous explique qu’il faut investir pour moderniser, pour s’adapter au climat, mais on veut couper plus vite chez ceux qui ont justement investi : c’est une contradiction que les agriculteurs ne comprennent plus » (Franck Sander)

Le syndicat redoute également la « valse des normes » et les séquences de « stop and go » réglementaires tous les cinq ou six ans. « Les agriculteurs ont joué le jeu de la dernière réforme, 95% ont répondu aux obligations environnementales, il n’est pas question de changer à nouveau les règles en cours de route », a insisté Yannick Fialip.

Yannick Fialip s'exprime sur la PAC 2028

Une PAC “plus économique” pour une Europe encore commune

Face à ces orientations, la FNSEA défend une PAC « plus économique », c’est‑à‑dire recentrée sur le revenu, les débouchés et la gestion des marchés, sans renier les objectifs de transition. « On ne gagnera pas la bataille climatique contre des fermes qui ferment, il faut d’abord des revenus pour engager les investissements », a résumé Yannick Fialip. Le syndicat plaide pour un lien renforcé entre aides et outils de marché : organisation commune de marché, dispositifs de gestion de crise, soutien aux biocarburants comme débouché, et capacité à revoir certains accords de libre‑échange lorsqu’ils mettent les producteurs européens en concurrence avec des normes inférieures.

En conclusion, Franck Sander a résumé l’enjeu politique des prochains mois :

« Ce qui se joue, ce n’est pas seulement le montant d’un chèque, c’est la place de l’agriculture dans le projet européen. Soit la France garde sa place de première puissance agricole en Europe, soit elle devient un simple marché ouvert aux productions des autres. »