Dans l’épisode 12 du podcast Un Foin c’est Tout, Emilie Masclaux, aujourd'hui associée au sein du Gaec de tortes à Sanssac-l’Église, en Haute-Loire , nous parle de son installation en tant que hors cadre familial.

Son parcours illustre une forme de renouvellement des générations qui ne passe pas par une succession familiale, mais par une rencontre entre un agriculteur expérimenté et une jeune femme souhaitant s’installer.
L’installation hors cadre familial, une autre voie pour devenir éleveur
Contrairement à une reprise familiale, l’installation hors cadre familial consiste à s’installer sur une exploitation qui n’appartient pas à ses parents ou à des proches entrant dans le périmètre familial défini par la réglementation. Ce type d’installation concerne aussi bien des personnes n’ayant aucun lien avec le monde agricole que des enfants d’agriculteurs souhaitant construire leur projet sur une autre ferme.
En Haute-Loire, 25 des 63 installations aidées recensées en 2024 étaient hors cadre familial, soit près de 40 %, selon les données publiées par la presse agricole locale. À l'échelle nationale, l'Insee indiquait qu'en 2020, 39 % des chefs d'exploitation installés après 2010 n'avaient pas repris la ferme familiale. L'accès au métier d'agriculteur ne repose plus uniquement sur la transmission entre parents et enfants.
Le parcours d’Emilie Masclaux
Pour Emilie Masclaux l'histoire commence en 2016, lorsqu’elle prépare un BTS en productions animales. Dans le cadre de son apprentissage, elle découvre l'exploitation de Michel Gravegeal, à Sanssac-l'Église.
Passionnée d'élevage depuis son enfance, elle souhaite travailler auprès des animaux. Pourtant, après son apprentissage, elle poursuit d'abord d'autres expériences professionnelles, notamment dans l'accompagnement technique agricole. Elle continue néanmoins de revenir régulièrement sur l'exploitation de Michel Gravegeal, à laquelle elle s'est attachée.
En 2021, l'éleveur envisage de mettre fin à son activité laitière et de vendre son troupeau. Une perspective difficile à accepter pour Émilie, qui connaît déjà les animaux et le fonctionnement de la ferme. La particularité du projet tient à la situation de Michel Gravegeal : celui-ci n'est pas encore arrivé à l'âge de la retraite. Les deux agriculteurs choisissent donc de travailler ensemble, avec l'objectif de préparer progressivement la transmission de l'exploitation. Cette collaboration aboutit à la création du GAEC des Tortes en 2023.
Le GAEC des Tortes
Le GAEC des Tortes repose sur une association entre Émilie Masclaux et Michel Gravegeal, sans lien familial entre les deux exploitants. D'après une présentation publiée en 2025 par Réussir Agriculture Massif central, l'exploitation comptait alors :
- 60 vaches laitières ;
- 105 hectares de surface agricole utile ;
- 470 000 litres de lait livrés par an ;
- Deux associés détenant chacun 50 % du capital.
L'exploitation dispose également d'un système de traite robotisée. Ce fonctionnement permet aux deux associés de partager les responsabilités et de préparer la suite de l'activité sans attendre le départ effectif de Michel Gravegeal.
Pour une jeune installée, cette période de travail en commun représente un avantage. Elle permet d'acquérir progressivement de l'expérience dans la conduite de l'exploitation, la gestion économique, les décisions techniques et l'organisation quotidienne. Pour le futur cédant, l'association offre la possibilité de transmettre ses connaissances et de préparer son retrait sans interrompre brutalement l'activité.
La relation humaine déterminant dans la transmission
Dans une installation hors cadre familial, la réussite du projet dépend aussi de la relation entre le futur installé et le cédant. L'exemple d'Émilie Masclaux et de Michel Gravegeal montre l'importance de cette confiance construite dans la durée.
Les deux agriculteurs se connaissent depuis l'apprentissage d'Émilie. Avant même leur association, ils avaient déjà appris à travailler ensemble, à partager les tâches et à échanger sur les décisions concernant l'exploitation.
À l'inverse d'une transmission familiale, où la connaissance de l'exploitation peut se construire dès l'enfance, une reprise hors cadre familial nécessite souvent une phase de découverte mutuelle.
La compatibilité des projets professionnels, la manière de travailler, les ambitions pour le troupeau et la répartition des responsabilités deviennent alors des questions essentielles. L'installation ne se limite donc pas à trouver une ferme disponible. Elle repose également sur la capacité à construire un projet commun avec les personnes déjà présentes.
Transmettre une exploitation sans attendre la retraite
L'histoire du GAEC des Tortes met également en lumière une difficulté récurrente de la transmission agricole : son anticipation. De nombreux agriculteurs commencent à préparer leur départ seulement quelques années avant la retraite. Or, la recherche d'un repreneur, l'évaluation de l'exploitation, le financement du projet ou encore la transmission du foncier peuvent demander du temps.
Dans le cas d'Émilie et de Michel, la création du GAEC intervient plusieurs années avant le départ envisagé de l'éleveur. Cette période de transition leur permet de poursuivre l'activité ensemble tout en préparant l'avenir de la structure.
Elle soulève aussi une question importante pour le renouvellement des générations : faut-il attendre qu'un agriculteur cesse son activité pour permettre à un jeune de s'installer ?
À Sanssac-l'Église, la rencontre entre une apprentie et son maître d'apprentissage a progressivement débouché sur un projet d'association et de transmission. Une trajectoire qui rappelle que le renouvellement de l'élevage ne dépend pas uniquement du nombre de jeunes souhaitant s'installer, mais aussi de la capacité des exploitations à leur ouvrir une place.
Et si les futurs repreneurs de certaines fermes étaient déjà présents parmi les apprentis et salariés agricoles qui y travaillent aujourd'hui ?
Sources complémentaires : Reussir; Pleinchamp; Insee


