Pastoralisme : la clé de l’adaptation ?

Publié le 7 janvier 2026 par Maëva Veysset

En 2022, l'Assemblée générale des Nations Unies a proclamé l'année 2026 Année internationale du pastoralisme et des pâturages, dont le Sommet de l’élevage sera cette année le point d’orgue au cœur du Massif Central. L’occasion de revenir sur cette pratique qui relie la tradition aux enjeux de durabilité.

 

1. Pastoralisme : principes et généralités

 

Le pastoralisme consiste à amener les animaux en pâture dans les montagnes ou dans les zones difficiles à cultiver. Pour les troupeaux comme les moutons ou les vaches, le déplacement se fait majoritairement en saison estivale, où ils se déplacent entre les pâturages bas et d’altitude, ce qu’on appelle la transhumance.

En France, près de 30 % des surfaces agricoles permanentes sont des prairies naturelles, dont une large part est exploitée dans des systèmes pastoraux.

Ces espaces jouent un rôle majeur :

  • Alimentation des troupeaux
  • Entretien des paysages
  • Préservation de la biodiversité

Mais alors que les sécheresses se multiplient, le pastoralisme est-il simplement un héritage du passé ou une réponse d’avenir face au dérèglement climatique ?

© EYÜP BELEN
La transhumance, une pratique du pastoralisme.

Pour y voir plus clair, nous avons écouté le témoignage de Bruno Dufayet, éleveur de vaches allaitantes dans le Cantal.

 

A écouter :

 

2. Le pastoralisme, un savoir-faire technique et exigeant

 

L’image d’Épinal, d’un élevage à l’herbe « simple » et peu contraignant ne résiste pas longtemps à la réalité du terrain.

"L'herbe, ça se gère, ça se cultive"

Insiste Bruno Dufayet, éleveur de vache dans le Cantal.

 

Contrairement aux cultures annuelles, la prairie est un écosystème vivant, dont la productivité dépend de nombreux paramètres : type de sol, pluviométrie, température, pression de pâturage. Dans un système pastoral, l’enjeu central est l’adéquation entre la taille du troupeau et la capacité de production des prairies. Un déséquilibre, même léger, peut entraîner une dégradation durable de la ressource.

© Lukas Lussi
La prairie est un écosystème vivant dont la gestion est primordiale

Cette gestion fine repose sur des observations quotidiennes, des décisions parfois prises à quelques jours près, et une forte anticipation. Selon les instituts techniques, une prairie bien gérée peut produire entre 4 et 8 tonnes de matière sèche par hectare et par an, avec des écarts importants selon les années climatiques. Le pastoralisme exige donc une technicité élevée, bien loin de l’idée d’un élevage « passif ».

 

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3. Le dérèglement climatique

 

Pour Bruno Dufayet, le changement climatique n’a rien d’abstrait. Il s’inscrit dans une réalité vécue et transmise au fil des générations.

" Mon père a connu trois sécheresses sur toute sa carrière. Moi, sur mes vingt premières années, j’en ai connu sept ou huit."

Ce constat personnel illustre une bascule profonde dans les conditions climatiques. Les données confirment cette perception.

 

En France, la fréquence des sécheresses estivales a presque doublé depuis les années 1990, avec une intensification marquée depuis 2015. Dans le Massif central, région historiquement herbagère, certaines années récentes ont enregistré des déficits hydriques de 30 à 50 pour cent durant la période estivale.

Pour les éleveurs, ces évolutions se traduisent par des repousses d’herbe plus faibles, plus tardives, voire inexistantes en plein été.

Face à cette récurrence, l’adaptation n’est plus un choix stratégique à long terme, mais une contrainte immédiate.

"On ne peut plus improviser, il faut penser chaque prairie, chaque bête, chaque saison"

 

Cette transformation se reflète également dans l’organisation du travail et de l’alimentation du troupeau. Là où l’hivernage durait autrefois six mois, il est aujourd’hui réduit à environ quatre mois. Pourtant, le volume de fourrage à stocker reste équivalent à six mois d’alimentation. La raison est simple, une partie du foin est désormais utilisée en été, lors des périodes de sécheresse, pour compléter une herbe pâturée devenue insuffisante. Cette pratique, encore marginale il y a vingt ans, tend aujourd’hui à se généraliser dans les zones herbagères.

Le stockage n’est plus seulement une sécurité hivernale, mais un véritable outil de régulation annuelle face aux aléas climatiques.

 

4. Le pastoralisme devient stratégique

 

Face à une nature devenue moins prévisible, Bruno Dufayet a profondément repensé son système. Son exploitation, composée d’environ 60 hectares de prairies, repose aujourd’hui sur une combinaison de leviers techniques cohérents.

 

A. Sécuriser les stocks

L’enrubannage, réintroduit sur la ferme, permet de récolter dès la mi-mai, avant que les conditions météorologiques ne deviennent trop instables. Cette technique assure une qualité alimentaire régulière et libère du temps pour une repousse printanière, cruciale avant les fortes chaleurs.

 

B. Connaître précisément son parcellaire

Avec l’aide d’un technicien, les prairies ont été classées selon leur précocité et leur productivité. Cette cartographie permet de prioriser le pâturage sur les parcelles les plus rapides au démarrage et de réserver la fauche aux surfaces les plus productives.

 

C. Le pâturage tournant

En divisant les surfaces en parcelles plus petites, où les animaux restent cinq à six jours, l’herbe bénéficie d’un temps de repos suffisant. Selon les références techniques, ce type de conduite peut permettre un gain de 10 à 20 % de production herbagère à fertilisation constante.

"On gagne de la production sans augmenter les intrants"

 

Une intensification par le raisonnement agronomique plutôt que par la chimie. L’expérience de Bruno Dufayet montre que le pastoralisme n’est ni figé ni archaïque. Il constitue au contraire une base solide pour construire des systèmes d’élevage résilients, capables d’absorber les chocs climatiques tout en répondant aux attentes sociétales en matière d'environnement, de bien-être animal et de paysage.

 

Et si, finalement, la ferme de demain ressemblait déjà à celles qui, aujourd’hui, apprennent, observent et s’adaptent au fil des saisons ?

A écouter :

 

A noter : En 2026, un espace d'environ 100m² sera dédié au sujet dans le hall d’accueil du Sommet de l’élevage. Un programme de conférence spécifiquement dédié sera proposé sur différentes thématique pendants les 4 jours, avec une ouverture aux pratiques internationales.. Ajouté à cela, des démonstrations te des animations autour du pastoralisme.

 

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