Des odeurs pour remplacer les pesticides : de quoi parle-t-on exactement ?

Publié le 1 mai 2026 par Maëva Veysset

La jaunisse de la betterave peut générer 20 à 40% de pertes de rendement selon l’ITB (Institut technique de la betterave). Depuis 2024, Agriodor et Syngenta testent en France des granulés INSIOR, diffusant des odeurs répulsives pendant 28 jours. Sur 500 ha en 2024-2025, les pucerons chutent de 24 à 50%. L’odeur peut-elle devenir un pilier de la protection des cultures ?

 

Les signaux olfactifs, clé de la régulation des ravageurs

Quand un puceron survole une parcelle de betteraves, c’est son odorat qui décide s’il atterrit ou passe son chemin. Ce comportement repose sur les composés organiques volatils (COV) , soit les molécules odorantes des plantes, libérées dans l’air ambiant.

Parmi elles, les allomones agissent comme des répulsifs naturels : elles signalent "danger" aux insectes ravageurs. À l’opposé, les kairomones attirent les herbivores un piège olfactif pour la plante.

Les phéromones, enfin, servent à la communication intraspécifique : reproduction, alarme, agrégation. Pour identifier les allomones efficaces contre les pucerons, Agriodor a développé un arsenal scientifique. L’insecte doit-il aller à droite (odeur testée) ou à gauche (témoin) ?

Résultat chiffré : jusqu’à 80% d’évitement dans les meilleures combinaisons.

 

Des résultats de terrain

La campagne 2024: 500 hectares betteraviers ont reçu du INSIOR® Gr A, épandu au semis dans un granulé anti-limaces modifié. Résultats publiés par Agriodor : -24% de densité de pucerons et -25% de plantes touchées par rapport à un insecticide seul.

Certains agriculteurs témoignent de -50% de pucerons dans leurs meilleures parcelles. L’ITB confirme en 2026 une dérogation 120 jours pour INSIOR.

 

Pourquoi cette solution arrive à point nommé

Sa biodégradabilité complète : pas de résidus dans le sol, la betterave ou le sucre. Surtout, zéro co-sélection de résistances avec les aphicides, les pucerons cumulent déjà 19 résistances croisées en Europe. Le coût s’annonce équivalent à un programme insecticide standard (environ 35-45 €/ha selon les estimations sectorielles), accessible aux betteraviers. La formule préserve les auxiliaires (coccinelles, syrphides), essentiels en IPM (lutte intégrée).

Contexte réglementaire : l’interdiction des néonicotinoïdes (2018) prive la betterave de son bouclier racinaire. Le PNRI 2020-2026 (Plan national de recherche et d’innovation) finance justement ces alternatives olfactives.

 

Betterave aujourd’hui, verger demain ?

Le puceron vert du verger n’est qu’un début. Ils ravagent aussi les pêchers, les abricotiers, les melons. Arboriculture (carpocapse de la pomme), viticulture (eudemis) : toute la protection repose sur des signaux olfactifs. INSIOR ouvre une boîte à outils. La logique est de perturber sans tuer ce qui colle parfaitement aux objectifs Farm to Fork (stratégie européenne de réduction des pesticides =-50% pesticides d’ici 2030) et aux éco-régimes PAC.

La pression pucerons fluctue avec la météo (étés chauds = pullulement). Les odeurs (COV= composés organiques volatils) s’évaporent plus vite sous vent fort ou chaleur extrême. Les données 2026, en cours d’analyse sur 2000 ha, trancheront : l’odeur tiendra-t-elle ses 24-50% à l’échelle commerciale, ou restera-t-elle un appoint tactique ?

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