Agritourisme : 6 grandes propositions pour développer le secteur

Publié le 31 mars 2026 par Maëva Veysset

L’agritourisme souvent relégué comme activité annexe, gagne aujourd’hui du poids dans les stratégies de diversifications des exploitations et des territoires ruraux. Une mission parlementaire confiée au député Anthony Brosse a déposé son rapport le 3 mars 2026 à l’Assemblée nationale, avec pour ambition de mieux encadrer le secteur. Six grandes pistes ont été avancées pour faire changer d’échelle le secteur en France.

 

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rapport parlementaire sur l'agritourisme.pdf

 

Le rapport parlementaire consacré à l’agritourisme part d’un constat simple : en France, le secteur existe déjà, mais il reste dispersé et mal défini. Le recensement agricole de 2020 dénombrait 13 194 exploitations pratiquant l’agritourisme, soit un peu plus de 3 % des fermes françaises. Pour les exploitations déjà engagées, cette activité représente en moyenne 23,2 % du chiffre d’affaires et mobilise 1,3 équivalent temps plein. Le rapport s’appuie aussi sur l’exemple italien, souvent cité comme modèle plus structuré. En Italie, l’agritourisme bénéficie d’un cadre national, d’un label public reconnu et d’une meilleure lisibilité pour le client. Les rapporteurs estiment que cette organisation plus cohérente aide le secteur à monter en gamme et à mieux capter la valeur dans les territoires ruraux.

 

Créer un vrai label national d’agritourisme

Comme première piste, le rapport propose de créer un label national spécifiquement dédié à l’agritourisme. Il juge que les repères actuels, qu’il s’agisse de Gîtes de France, d’Accueil Paysan ou de Bienvenue à la ferme, ne permettent pas de distinguer clairement une offre agritouristique, c’est‑à‑dire inscrite dans une exploitation agricole en activité. L’idée est de construire un label avec des critères précis, inspiré du système italien « Agriturismo Italia ». L’enjeu est de rassurer les clients et de mieux différencier une ferme qui accueille du public d’un simple hébergement rural.

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Structurer enfin une filière

La mission propose de sortir du fonctionnement en silos, et c’est là sa deuxième piste. Aujourd’hui, un porteur de projet doit jongler entre plusieurs réseaux, interlocuteurs et réglementations, ce qui rend les démarches particulièrement lourdes. L’idée est de construire une colonne vertébrale commune pour encadrer l’agritourisme. La mission préconise une définition de l’agritourisme dans le code rural et dans le code du tourisme.

  • Création d’un guichet unique pour les porteurs de projet.
  • Mettre en place une infrastructure numérique partagée pour les réservations et les paiements.
  • Disposer d’une cartographie nationale de l’offre agritouristique.
  • Un accompagnement sur mesure dans les territoires.
  • La structuration d’itinéraires et d’événements.
  • Une gouvernance élargie autour du Conseil supérieur de l’œnotourisme.

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Faire évoluer les règles d’urbanisme

La troisième recommandation met l’accent sur l’adaptation du droit de l’urbanisme. En zone agricole, les constructions ou aménagements liés à l’accueil touristique ne sont pas considérés comme nécessaires à l’exploitation, ce qui bloque ou ralentit de nombreux projets. Le rapport propose de faciliter la construction neuve en zone A pour l’accueil et l’hébergement. Il préconise aussi de simplifier le changement de destination des bâtiments existants via les PLU. Il appelle à la création d’une catégorie spécifique d’ERP "agritourisme" avec des seuils adaptés au contexte rural. L’objectif n’est pas d’ouvrir la porte à une urbanisation diffuse, mais de sécuriser les projets agricoles sérieux qui s’inscrivent pleinement dans une exploitation en activité.

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Miser sur la formation

La quatrième piste vise à professionnaliser l’accueil sans ajouter une nouvelle barrière à l’entrée. Les rapporteurs ne préconisent pas de rendre obligatoire une formation initiale pour tous les agriculteurs, mais plutôt des modules de formation continue ciblés. Les priorités sont très concrètes : hygiène et sécurité sanitaire, gestion, fiscalité et promotion touristique. Ces formations pourraient être portées par les chambres d’agriculture, les structures régionales ou des organismes spécialisés. Elles pourraient s’accompagner d’une sensibilisation menée dans les lycées agricoles.

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Simplifier la fiscalité jugée flou

Le rapport aborde aussi la question de la fiscalité, en mettant en avant la nécessité de clarifier les règles. Beaucoup d’agriculteurs se heurtent aujourd’hui à une grande complexité sur les régimes applicables, entre BA, BIC, TVA, seuils et combinaisons d’activités. Il propose de mettre en place une doctrine nationale unique “agritourisme” et d’instaurer un guichet fiscal dédié. L’idée est aussi de prévoir un mécanisme de lissage pour éviter les effets de seuil quand l’activité se développe. Des incitations ciblées sont envisagées pour soutenir l’investissement dans l’accueil, notamment dans le bâti existant. Les rapporteurs évoquent des budgets de 20 000 à 50 000 euros pour transformer une grange ou aménager un espace d’accueil conforme, ce qui montre que le frein financier reste très concret.

 

Aller chercher davantage de fonds européens

La dernière proposition porte sur la mobilisation des financements européens. Le rapport rappelle qu’il n’existe pas de fonds unique dédié à l’agritourisme, mais un ensemble de dispositifs mobilisables selon les projets.

  • Les dispositifs FEADER et LEADER peuvent soutenir la diversification et les investissements sur les exploitations.
  • Les fonds FEDER et FSE+ interviennent dans le champ du tourisme durable et du développement des compétences.
  • Des programmes comme Interreg, LIFE, InvestEU ou Horizon Europe peuvent également être mobilisés dans certaines situations.

Autrement dit, l’argent peut exister, mais encore faut‑il disposer de l’ingénierie pour aller le chercher. La structuration de la filière agritouristique sera déterminante pour transformer ces opportunités en projets concrets et durables sur le terrain.

En conclusion de ce rapport, l’agritourisme ne doit plus être traité comme un angle mort entre agriculture, tourisme, urbanisme et fiscalité. Pour beaucoup d’exploitations, notamment en élevage, il peut devenir un véritable levier de revenu. Mais pour que cela fonctionne, il faut des règles plus lisibles et des démarches moins éclatées. La mission parlementaire trace une feuille de route ambitieuse et il reste maintenant à voir dans quelle mesure le gouvernement s’en saisira concrètement.