Élevage bovin en Creuse : chez les Desassure, la passion de la limousine se transmet de génération en génération
Installé depuis 2021 à Chéniers, dans la Creuse, Jérémy Desassure a grandi dans le monde agricole, à l’image de son père avant lui. Il incarne cette nouvelle génération d’éleveurs bovins qui, saison après saison, se donne les moyens de vivre pleinement de sa passion pour l’élevage et la race limousine.
Un été 2026 particulièrement difficile pour l’élevage
De l’été 2026, la famille Desassure s'en souviendra longtemps. Dans cet îlot du nord-est de la Creuse, les prairies ont pris des allures de savane africaine. Plus un brin d’herbe fraîche à brouter pour les animaux. Dès les premiers jours de juillet, le troupeau de vaches limousines doit être affouragé directement au pré, entamant ainsi les stocks de fourrage prévus pour l’hiver.
Clairement, il va nous manquer trois mois de nourriture pour nos bêtes, déplore David Desassure.
L’éleveur sait que son métier l’oblige naturellement à composer avec les caprices du climat. Des périodes de sécheresse qui se prolongent ne sont jamais de bon augure pour un agriculteur. Malgré ces difficultés, David Desassure reste profondément attaché à son métier et à ses animaux.
« Je suis né dans les vaches »
Dès son plus jeune âge, il accompagne sa mère, Monique, qui dirige alors une petite exploitation familiale héritée de ses parents et qui ne dépasse pas trente hectares.
Il y avait un atelier porcs et une trentaine de charolaises.
Lorsqu’il s’installe avec sa mère en 1991, l’atelier porcin est abandonné. Les investissements nécessaires à sa mise aux normes sont alors jugés trop importants. Au fil des années, le Gaec récupère de nouvelles surfaces de prairies et n’hésite pas à parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour presser et récolter le foin destiné au troupeau.
Avec l’arrivée de David, les vaches charolaises laissent progressivement place aux limousines, une race bovine pour laquelle il nourrit rapidement une véritable passion.
J’ai toujours été attiré par les limousines pour leurs qualités maternelles et leur rusticité. Au moment de mon installation, nous n’avions pas de bâtiment, les limousines étaient donc toutes indiquées », se souvient David Desassure.
« La limousine a une capacité d’engraissement exceptionnelle. En six mois, on génère du revenu. La plasticité de la race est vraiment intéressante. »
La race limousine au cœur de la stratégie d’élevage
Très vite, l’intérêt de David Desassure pour la race limousine prend une nouvelle dimension. Adhérent au Herd-Book Limousin, il se lance dans les concours bovins. Une manière de se mesurer à ses collègues éleveurs, de se challenger, mais aussi de développer la commercialisation de son cheptel.
Les concours, cela donne de la visibilité à nos cheptels et nous permet de vendre des reproducteurs en France, mais aussi à l’étranger.
Au début des années 2000, son fils Jérémy n’est jamais bien loin lorsque son père prépare les animaux pour les concours. Fidèle descendant de cette génération d’éleveurs, il ne doute guère au moment de choisir son orientation professionnelle.
En 2021, Jérémy s’installe à son tour aux côtés de son père. Né en 1998, le jeune homme, davantage attiré par les stages et les expériences de juge de concours à l’étranger que par les cours magistraux, reconnaît avoir « 100 fois plus appris sur le terrain que sur les bancs de l’école ».
Je ne me voyais pas faire autre chose qu’éleveur.
350 hectares et 200 bovins dans l’exploitation familiale
L’arrivée de Jérémy permet une nouvelle fois de consolider la structure familiale. L’exploitation compte désormais environ 200 animaux et s’étend sur 350 hectares.
Les cultures représentent une partie de ces surfaces, avec 25 à 30 hectares de maïs et une vingtaine d’hectares consacrés au blé, au triticale et aux pois. Le reste des terres est constitué de prairies destinées notamment à l’alimentation du troupeau bovin.
Les femelles sont mises à la reproduction puis réformées avant d’être engraissées
« Nous avons un gros taux de renouvellement. Nous sélectionnons les aptitudes au vêlage. »
Les animaux sont commercialisés auprès de l’opérateur privé Plainemaison, à Limoges. Depuis un an et demi, l’exploitation a également intégré la marque Or Rouge. Celle-ci permet de bénéficier d’une plus-value de 40 centimes par kilo lorsque la viande répond, après découpe, au cahier des charges fondé notamment sur le persillé de la viande.
« Une soixantaine de nos animaux sont commercialisés dans ce circuit », explique Jérémy Desassure.
En parallèle, David et Jérémy vendent chaque année une trentaine de reproducteurs mâles. Selon l’évolution des cours, le reste des animaux est commercialisé sous forme de broutards ou de taurillons.

Les concours bovins, un challenge à part entière
À quelques jours du Sommet de l’Élevage et du National Limousin, David et Jérémy Desassure sont déjà pleinement mobilisés. Depuis plusieurs semaines, ils consacrent une attention particulière à leurs animaux sélectionnés pour les concours.
Parmi eux figurent Tranquil, un taureau de quatre ans, Acajou, un mâle de 18 mois, Salamandre, une vache de cinq ans qui a décroché la première place à Paris en 2024 puis la deuxième en 2025, ainsi qu’Unestar, une génisse âgée de deux ans et demi.
Cinq animaux de l’élevage feront le déplacement au Sommet de l'Elevage
« On a calculé, les concours, en gros, cela correspond à un mi-temps sur l’année. Il y a la préparation technique, alimentaire et le dressage », témoigne Jérémy.
Cette préparation exigeante demande aussi de bien connaître le caractère des animaux. Les apparences peuvent parfois être trompeuses.
On choisit des bêtes naturellement gentilles, mais il y a des super gentilles qui n’acceptent pas d’être dressées. A contrario, une bête difficile peut devenir plus docile.
Au-delà de la préparation, du travail quotidien et de la compétition, David et Jérémy apprécient également la convivialité qui règne lors des concours bovins. Ces rendez-vous leur permettent de rencontrer d’autres éleveurs, d’échanger sur leurs pratiques et de créer un lien avec le public.
Une ouverture sur l’extérieur qui permet aussi de rompre avec le quotidien de l’exploitation agricole : « Quand on ne sort pas de chez soi, on est toujours le meilleur chez soi ! »


