UE‑Mercosur : que contient l'accord de libre‑échange signé le 17 janvier 2026 ?

Publié le 19 janvier 2026 par Maeva Veysset

L’ESSENTIEL:

  • L’accord UE-Mercosur a été signé le 17 janvier 2026 après le report du 18 décembre 2025.

  • Il supprime 91% des droits Mercosur sur produits européens et 92% des droits UE sur biens sud-américains.

  • 99 000 tonnes de viande bovine Mercosur entrent en Europe à 7,5% de droits, soit 1,6% de la production bovine annuelle de l’UE.

 

Après plus de 25 ans de négociations, l’Union européenne et le bloc sud-américain du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay) ont signé, le 17 janvier 2026, l’accord de libre-échange. Cette signature fait suite au feu vert donné par le Conseil de l’Union européenne le 9 janvier 2026, validant l’accord à la majorité qualifiée malgré l’opposition de plusieurs États membres comme la France. 

Initialement prévue le 18 décembre 2025, la signature avait été reportée sous la pression de pays comme la France et l’Italie, qui réclamaient des garanties pour leurs secteurs agricoles. Des manifestations d’agriculteurs européens avaient également pesé sur les gouvernements, avec environ 10 000 agriculteurs rassemblés à Bruxelles.

 

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L’objectif de l’accord ?

 L'accord repose sur un objectif double, développer les relations commerciales entre les deux blocs et promouvoir la coopération politique et le dialogue autour des défis mondiaux. À cette fin, le texte prévoit la suppression progressive de la quasi‑totalité des droits de douane :

  • 91% des tarifs imposés par le Mercosur sur les produits européens
  • 92% des droits de l'Union européenne sur les biens sud-américains seront éliminés.​

 Cette libéralisation couvre environ 90% des échanges bilatéraux, avec une mise en œuvre progressive s'étendant sur 10 à 15 ans selon les secteurs. Pour l'industrie automobile, par exemple, les droits actuellement fixés à 35% au Mercosur seront progressivement éliminés sur quinze ans.​

 

Que contient l’accord ?

L’accord UE-Mercosur dessine l’une des plus vastes zones de libre-échange mondiales, unissant 450 millions d’Européens à 330 millions de Sud-Américains pour un total de 780 millions de consommateurs et 25% du PIB planétaire.

À la veille du feu vert des États membres, la Commission a toutefois retouché le texte pour rallier Rome et une partie des capitales inquiètes, en ajoutant des garde-fous agricoles et climatiques ciblés.

  

L’agriculture

Du côté agricole, l’accord prévoit que 95% des produits Mercosur accèdent au marché européen sans droits de douane, via des quotas tarifaires spécifiques. Ces quotas incluent:

  • 99 000 tonnes de viande bovine à un tarif de 7,5%, soit 1,6% de la production bovine annuelle de l’UE
  • 180 000 tonnes de volaille
  • 16 millions de tonnes de sucre
  • 60 000 tonnes de riz
  • 450 000 tonnes d’éthanol.

Ces mesures devraient accroître les exportations sud-américaines de 9 milliards d’euros, soit une hausse de 17%.​

De plus, Bruxelles a annoncé un accès anticipé de 45 milliards d’euros de la PAC à partir de 2028 et a promis un allègement des coûts de production en baissant certains droits de douane sur les engrais et en gelant l’application du mécanisme carbone aux frontières sur ces produits 

  

Services et protections

Les secteurs de la finance, des télécoms, des transports et des marchés publics du Mercosur s’ouvrent aux entreprises européennes, avec des protections contre la discrimination mais sans mécanisme d’arbitrage investisseur-État.

L’accord:

  • Harmonise les normes techniques et douanières
  • Renforce les règles anti-dumping
  • Protège 350 indications géographiques européennes (comme le Champagne)
  • Intègre des engagements contraignants sur l’Accord de Paris, la déforestation et les 8 conventions OIT.

  

PME et suivi

Les PME européennes bénéficient de portails d’information simplifiés pour exporter. Des comités bilatéraux se réunissent annuellement pour évaluer l’application, avec possibilité de sanctions. Stratégiquement, ce texte repositionne l'Europe au Mercosur, sa part de marché y passant de 31% à 15% depuis 2000 face à la Chine.

Dernier ajout clé pour convaincre des États comme l’Italie : le respect de l’Accord de Paris et des engagements environnementaux devient un “élément essentiel” du traité, ce qui permettra à l’UE de suspendre tout ou partie des préférences commerciales en cas de violation grave.

 

Qui sera avantagé ?

 L’accord entre l’Union européenne et le Mercosur bénéficie d’abord aux exportateurs agricoles sud-américains. Les éleveurs brésiliens et argentins de bœuf sont en première ligne, avec un quota de 99 000 tonnes taxées à 7,5 %. Le soja, le sucre et les fruits tropicaux accèdent eux aussi plus facilement au marché européen.

Côté européen, les secteurs automobile, des machines industrielles et pharmaceutique tirent profit de l’accord. Les droits de douane du Mercosur sur les automobiles européennes atteignent effectivement 35% (taux standard dans le bloc, notamment au Brésil et en Argentine) et seront supprimés progressivement jusqu'à 0% sur une période de 15 ans selon les termes officiels de l'accord UE-Mercosur. Les produits pharmaceutiques voient leurs tarifs de 14-16% éliminés rapidement, tandis que les machines-outils (14-18%) sont libérés sur 5-10 ans. Ces dispositions font partie des 91% de suppressions tarifaires prévues côté Mercosur pour les produits industriels européens.

Les producteurs européens de vins et de fromages tirent également leur épingle du jeu. Les produits sous indication géographique, comme le Champagne ou le Roquefort, bénéficient de tarifs réduits. Au total, 350 appellations sont protégées.

Les petites et moyennes entreprises profitent aussi de l’accord. Les procédures d’exportation sont simplifiées grâce à des portails numériques. Enfin, les consommateurs des deux régions pourraient payer moins cher certains produits, des fruits exotiques aux biens industriels.

  

Qui sera désavantagé ?

Les éleveurs européens de bovins subissent une concurrence accrue avec 99 000 tonnes de viande Mercosur à 7,5% de droits (1,6% de la production UE), rejoints par les filières volaille (180 000 tonnes), sucre (16 millions de tonnes) et riz sous quotas tarifaires. Les petites fermes sud-américaines risquent la marginalisation face aux exportations industrielles européennes libérées (voitures, machines). L’environnement, notamment l’Amazonie, reste vulnérable malgré les clauses contraignantes de l’Accord de Paris et des normes OIT.

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Quand sera-t-il mis en vigueur ?

La signature politique, effective depuis samedi, ne marque toutefois pas l’entrée en vigueur immédiate du traité. Celui-ci doit encore être ratifié par le Parlement européen ainsi que par les parlements nationaux des États membres de l’Union européenne, une procédure susceptible de s’étendre sur plusieurs mois.

Ce calendrier pourrait en outre être ralenti par une initiative juridique en cours. Les eurodéputés doivent se prononcer le 21 janvier sur une éventuelle saisine de la Cour de justice de l’Union européenne afin de vérifier la compatibilité du texte avec les traités européens. En cas d’adoption, la procédure de ratification au Parlement européen serait suspendue jusqu’à la décision des juges, un processus qui pourrait durer de nombreux mois, voire jusqu’à un an et demi.

À ce stade, la Commission européenne n’a pas précisé si cette suspension ouvrirait la voie à une application provisoire de l’accord commercial. L’exécutif européen affirme qu’aucune décision n’a encore été prise en ce sens, tout en indiquant poursuivre le dialogue avec les eurodéputés pour tenter de rassembler un soutien politique large.

  

Sources :