Pourquoi le bien-être de l’éleveur est aussi important que le bien-être animal ?

Publié le 7 août 2026 par Maëva Veysset

Dans l’épisode d’ “Un Foin c’est tout” consacré au bien-être, Pauline Garcia, éleveuse et comportementaliste animalière, rappelle que l’on ne sécurise pas durablement un troupeau sans sécuriser celui qui s’en occupe. En 2025, le régime agricole comptait près d’1,3 millions d’emplois, dont 838 778 emplois salariés, et la même année, 52 391 déclarations d’accident du travail ou de maladie professionnelle ont été enregistrées chez les salariés agricoles.

Le risque humain

Dans Un Foin c'est tout, Pauline Garcia insiste sur un point : un éleveur fatigué, tendu ou sous pression peut influencer le comportement de ses animaux. Et bien sûr, à l’inverse un troupeau stressé, ou en mauvaise santé augmente la pénibilité et la charge mentale pour l’éleveur. Ce lien fonctionne comme un miroir. Quand l’un décroche, l’autre en subit les effets.

“Il existe un effet miroir permanent entre l’éleveur et ses animaux.” Pauline Garcia

Or, lorsque l’éleveur s’épuise ou met de côté sa propre santé, l’exploitation perd en sécurité et en capacité d’anticipation. Pauline Garcia alerte justement sur ce profil d’éleveur qui “met de côté son bien-être à lui” au profit de ses animaux, de ses machines ou du travail à faire.

“Mettre de côté son bien-être à lui n’est pas un simple signe de dévouement : c’est aussi un risque pour l’équilibre de l’exploitation.” Pauline Garcia

La MSA rappelle que la filière élevage est marquée par un taux élevé d’accidents du travail et de maladies professionnelles. En 2025, le régime agricole comptait plus de 3 millions de personnes susceptibles de bénéficier d’un remboursement maladie, dont 35,3 % relevant du régime des non-salariés agricoles et 64,7 % du régime des salariés agricoles. La même année, les prestations sociales versées par le régime agricole atteignaient près de 29,8 milliards d’euros, dont plus de 11,6 milliards d’euros pour les prestations maladie et maternité.

17 000

C’est le nombre de sinistres déclarés chez les non-salariés agricoles en 2025 selon la MSA.

Santé mentale agricole : un risque à intégrer dans le pilotage

La santé mentale fait partie de la gestion des risques en élevage. En 2022, les patients du régime agricole âgés de 15 à 64 ans présentaient un risque de mortalité par suicide 46 % supérieur à celui des patients tous régimes. Chez les 65 ans et plus, ce surrisque atteignait 52 %. Les non-salariés agricoles étaient les plus touchés, avec un surrisque de 57 % chez les 15-64 ans et de 77 % chez les 65 ans et plus.

Ces chiffres ne sont pas là pour dramatiser mais permettent de prendre en considération les risques et de repérer plus tôt les situations critiques.

Les leviers concrets pour réduire le risque au quotidien

Ce podcast à pour but de mettre en avant les solutions pour faire plus attention à soi et à son bien-être.

1. Organiser le travail

Le premier levier, c’est l’organisation. Identifier les périodes de surcharge, anticiper les remplacements, déléguer certains travaux, ou mieux planifier les soins peut réduire la pression quotidienne.

2. Aménager les bâtiments pour sécuriser l’humain et l’animal

La sécurité ne dépend pas uniquement du comportement de l’éleveur. Elle dépend aussi des infrastructures. La MSA indique que ses actions de prévention en élevage portent notamment sur l’aménagement de l’espace de travail, le choix de matériel spécifique, la manipulation des animaux et l’utilisation du chien de troupeau.

3. Se former à la manipulation animale

La manipulation animale est un vrai levier de prévention. En bovin comme en ovin, mieux comprendre la perception de l’animal permet de limiter les tensions mais aussi de gagner en sécurité et en sérénité.

4. Prévoir du relais avant l’urgence

Le relais ne doit pas être pensé uniquement quand l’éleveur est déjà à bout. Il peut être organisé en amont : service de remplacement, entraide, associé, .. L’objectif est d’éviter que toute l’exploitation repose sur une seule personne sans marge de manœuvre.

Prendre soin de l’éleveur, ce n’est donc pas seulement une question personnelle. C’est aussi une condition pour faire tenir l’élevage dans la durée.

6 questions à se poser

- Si je m’arrête demain, qui assure les tâches vitales ? - Quels lots me mettent le plus en difficulté ? - Quelles tâches me coûtent le plus physiquement ? - Quels bâtiments augmentent le risque ? - Ai-je une solution de remplacement identifiée ? - Depuis quand je fonctionne en mode survie ?

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