Derrière le pastoralisme, d'abord une histoire de collectif

Publié le 7 septembre 2026 par Sophie Chatenet

Groupements pastoraux : comprendre leur rôle dans le pastoralisme

Façonnés par l’homme et l’élevage, les paysages sont, depuis des millénaires, dessinés par la pratique du pastoralisme. Alors que l’Unesco s’apprête à célébrer l’Année mondiale du pastoralisme, nous vous emmenons à la découverte des groupements pastoraux, acteurs essentiels de l’élevage pastoral et de la gestion collective des espaces d’altitude.

Du fait d’une géographie escarpée, d’un manque ou d’une abondance de ressources, d’un climat varié… l’homme s’est adapté à son environnement en mettant en place ce que l’on appelle des attributs paysagers, marqueurs de l’identité des territoires qui témoignent de leur passé agropastoral.

Rien que sur le territoire des Causses et Cévennes, 80 % de la SAU (surface agricole utile), qui représente 50 % du territoire, est concernée par la pratique du pastoralisme. Ces territoires sont inscrits depuis 2011 sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco au titre de « paysage culturel de l’agropastoralisme méditerranéen ».

« Le bien labellisé reconnaît aujourd’hui le pastoralisme comme un paysage culturel témoignant d’une œuvre conjuguée entre l’homme et la nature », témoigne Julie Hébrard, chargée de mission agropastoralisme au sein de l’Entente Causses et Cévennes.

Pour faire vivre le pastoralisme et faciliter le travail des éleveurs, ceux-ci se sont notamment organisés en groupements pastoraux.

Qu’est-ce qu’un groupement pastoral ?

Un groupement pastoral (GP) est une structure associative qui regroupe plusieurs éleveurs exploitant collectivement une même surface, généralement située en altitude et gérée en commun.

Concrètement, un groupement pastoral permet de :

  • pâturer collectivement de grandes surfaces ;
  • répartir la charge de travail entre les exploitations durant la période estivale ;
  • mutualiser les moyens financiers et matériels (croquettes pour chiens, filets, équipements…) ;
  • partager les techniques et les savoir-faire liés à l’élevage pastoral ;
  • faciliter l’embauche d’un ou plusieurs salariés, notamment des bergers ;
  • bénéficier de certaines subventions, notamment pour le gardiennage des troupeaux.

Le groupement pastoral constitue ainsi un outil collectif permettant aux éleveurs de mieux organiser la gestion des troupeaux et des espaces pastoraux, tout en facilitant la pratique de l’estive.

Comment créer un groupement pastoral ?

Au sein du réseau Pastoralisme Massif central, plusieurs structures associatives accompagnent les éleveurs dans la création et le fonctionnement des groupements pastoraux. C’est notamment le cas de l’APLM (Association pour le pastoralisme de la montagne limousine), dont l’objectif est de promouvoir, coordonner et développer le pastoralisme.

Ces structures accompagnent notamment les éleveurs qui souhaitent créer un groupement pastoral.

Théo Laguionie, coordinateur de l’APLM, précise les principaux prérequis :

« Il faut qu’une partie des futures terres du groupement pastoral soit située en zone montagne ou dans une zone identifiée comme “à vocation pastorale”, faire un diagnostic pastoral (identification des potentiels propriétaires, du potentiel de pâturage, évaluer le nombre de bêtes, enjeux touristiques, écologiques, …), procéder aux déclarations juridiques, sanitaires, de transhumance… »

Une concertation entre les différents professionnels concernés s’avère également indispensable, tout comme l’établissement d’un plan de gestion pastoral. Celui-ci doit notamment prévoir le planning de pâturage, identifier les quartiers à utiliser de manière prévisionnelle au cours de l’année et évaluer le taux de chargement.

En Lozère, le Copage, structure créée à l’initiative de la Chambre d’agriculture de Lozère, accompagne les groupements pastoraux du département sur les volets techniques, administratifs et juridiques, ainsi que dans les dossiers de subventions et la déclinaison du plan loup.

Groupements pastoraux : le défi du recrutement des bergers

Aujourd’hui, les groupements pastoraux sont confrontés à une difficulté majeure : le recrutement des bergers.

Le métier de berger présente en effet des particularités liées à son cadre de travail. Le ou la berger·ère vit sur son lieu de travail, souvent dans une cabane pastorale, et doit composer avec des horaires et des conditions de travail spécifiques.

Ces enjeux ont notamment conduit les structures qui accompagnent le pastoralisme, comme Auvergne Estives, à travailler sur cette problématique.

Plusieurs actions sont conduites dans ce cadre, comme l’explique Anna Le Gouic, chargée de mission pastoralisme à Auvergne Estives :

« Nous avons mis en place des contrats de travail type pour les employeurs. Nous avons monté des formations juridiques pour sensibiliser les employeurs sur les points de vigilance à avoir lors du recrutement. Enfin, nous avons recensé les cabanes pastorales sur le territoire auvergnat (état, accessibilité) pour envisager des aménagements ou des restaurations, qui dans certains cas peuvent être subventionnés. »

L’amélioration des conditions d’accueil et de travail dans les cabanes pastorales constitue ainsi un enjeu important pour faciliter le recrutement et pérenniser le métier de berger.

Témoignage : Christine Gros, éleveuse et bergère dans le Gard

Christine Gros, éleveuse et bergère installée dans le Gard depuis une quarantaine d’années, élève 200 brebis de race raïole ainsi qu’une vingtaine de chèvres.

Installée avec son mari, elle participe à la garde des troupeaux et s’occupe également des mises bas. En raison de la sécheresse des prairies, leur troupeau monte trois mois en estive, au sein d’un groupement pastoral dont Christine est présidente.

Ce groupement réunit six éleveurs, pour un total de 600 brebis et leurs agneaux.

Elle témoigne des avantages de faire partie d’un collectif :

« C’est mieux pour nous parce que toute l’année on est tout seul sur nos exploitations et le fait d’être à plusieurs, ça nous permet de mutualiser et partager le travail. »

À travers ces groupements, les éleveurs peuvent ainsi mutualiser leurs moyens et leur temps, tout en maintenant une pratique pastorale essentielle à l’entretien et à l’identité des paysages.

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