Comment la recherche partagée aide-t-elle l’élevage face au dérèglement climatique ?

Publié le 7 juillet 2026 par Maëva Veysset

Dans l’épisode d’un foin c’est tout S1E8, Maguy Eugène, ingénieure de recherche à l’INRAE, revient sur l'importance de la mutualisation internationale des recherches sur les émissions de méthane des ruminants. Ce partage de connaissances, loin d'être un simple exercice académique, devient le levier indispensable pour piloter une transition climatique crédible et ancrer durablement l'élevage dans les trajectoires de décarbonation.

Le site de Theix, référence de la précision climatique

La quantification des gaz à effet de serre (GES) n'est plus une option pour la filière. Sur le site de l'INRAE de Theix, près de Clermont-Ferrand, Maguy Eugène et son équipe de l'Unité de Recherche sur les Herbivores s'attellent à une mission stratégique : sortir du "flou" pour fournir des chiffres incontestables.

© INRAE
Le site de Theix est le seul du Réseau National d’Expérimentation pour les plantes fourragères.

Dans un contexte où l'élevage est souvent pointé du doigt, la précision des mesures est le rempart nécessaire contre les pénalités injustifiées. Pour la chercheuse, l'enjeu est de transformer la donnée de laboratoire en un socle solide pour les politiques publiques, une ambition qui exige de briser les frontières régionales et nationales pour confronter les résultats à l'échelle planétaire.

Open Science : un changement nécessaire et bénéfique à la recherche

Si le partage semble aujourd'hui naturel, Maguy Eugène rappelle que l'adoption de l'Open Science n'a pas été un long fleuve tranquille. Contrairement à d'autres disciplines, la biologie a dû opérer un véritable changement de paradigme pour sortir de la culture du silo.

"En biologie, ce n'était pas quelque chose de facile à appliquer", confie-t-elle.

Pourtant, l'adoption des principes "FAIR" (Facile à trouver, Accessible, Interopérable, Réutilisable) a tout changé. Pour un technicien ou un éleveur, l'interopérabilité signifie que les données collectées dans une étable du Massif central peuvent être comparées sans biais avec celles d'une exploitation brésilienne. Cette transparence renforce la crédibilité du secteur.

En mutualisant, on ne fait pas que partager des chiffres: on "décuple les moyens pour donner un impact mondial aux solutions locales de réduction du méthane." comme le souligne l'ingénieure,

Planification écologique et donnée politique

La recherche mutualisée irrigue directement les plus hautes instances décisionnelles. Les bases de données mondiales alimentent les guides méthodologiques du GIEC, qui dictent à leur tour les standards de calcul pour le Citepa en France. Ce lien entre le chercheur et le décideur est crucial : c'est sur cette base scientifique que s'appuie la « démarche de planification écologique » lancée par le gouvernement en 2022.

Ce cadre politique impose des ambitions revues à la hausse : l'objectif de réduction des émissions brutes de la France est passé de -40 % à -50 % à l'horizon 2030. Sans cette mutualisation recherche, il serait impossible de piloter une telle trajectoire avec la précision requise pour ne pas déstabiliser la viabilité économique des exploitations.

Au delà d’un défis scientifique c'est un défis humain

Au-delà des algorithmes, la recherche est une aventure humaine qui se heurte à des barrières culturelles. Maguy Eugène illustre cette complexité par deux figures musicales : le Tango de Carlos Gardel pour l'Amérique latine et le Boléro d'Angélique Kidjo pour l'Afrique. Ces métaphores soulignent que la coopération internationale est une danse qui exige une "confiance mutuelle" longue à bâtir.

Le défi actuel est de franchir la barrière de la langue, notamment en élargissant les partenariats historiques de l'Afrique francophone vers l'Afrique anglophone. Ce n'est pas seulement une question de serveurs informatiques, mais un véritable "changement d'état d'esprit" pour accepter que la donnée circule librement d'un continent à l'autre. Cette ouverture est la clé pour que l’élevage durable devienne une réalité globale.

  1. L'Open Science comme standard : Une pratique devenue incontournable à l'INRAE pour rendre les données transparentes et vérifiables par l'ensemble des citoyens.
  2. Optimisation des ressources humaines : La mutualisation permet de partager des coûts logistiques lourds (serveurs, informaticiens, gestionnaires de bases de données) pour une efficacité accrue.
  3. Ambition 2030 : La fiabilité des données partagées est le socle de la planification écologique française visant -50 % d'émissions de GES.

D'ici 2050, Maguy Eugène espère que la mutualisation ne sera plus un sujet de débat, mais un réflexe organique pour chaque scientifique. Dans un monde en pleine mutation, la capacité de la filière élevage à prouver scientifiquement sa contribution à la lutte climatique sera sa meilleure garantie de pérennité.

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