Rapport Axema : une reprise du secteur machinisme peut-elle encore être attendue pour 2026 ?

Publié le 22 juin 2026 par Maëva Veysset

Le nouveau rapport économique 2026, publié en juin par AXEMA, dresse le portrait d’un secteur du machinisme agricole toujours fragilisé. Dans un contexte marqué par des trésoreries sous tension, des taux d’intérêt élevés et des prix agricoles insuffisamment rémunérateurs, une reprise du marché peut-elle être envisagée dès 2026 ?

Un marché qui sort de deux années très compliquées

Pour comprendre 2026, il faut d’abord regarder comment se sont déroulées les années précédentes. En 2025, le marché apparent français des agroéquipements neufs atteint 7,3 milliards d’euros en baisse de 9% par rapport à 2024. Cette baisse, elle-même, arrive après un recul de 14% en 2024, soit une contraction de 23% et environ 2 milliards d’euros en deux ans.

Autrement dit, le secteur semble avoir basculé dans une phase de repli. Les années de forte demande ont laissé place à des arbitrages plus prudents côté exploitations. Entre 2021 et 2023, les exploitations ont beaucoup investi. Depuis, le marché corrige fortement. Le rapport résume clairement la situation : après le pic de 2022-2023, le marché pourrait connaître trois années de baisse, avec 2024, 2025 et 2026.

©Rapport économique 2026 -AXEMA
Graphique 7 - Le marché apparent des agroéquipements neufs en France (2000-2027). Source : Axema, d'après données primaires provenant de l'INSEE et des Douanes
C’est dans ce contexte que Jean-Christophe Régnier, président de la Commission économique d’AXEMA, pose le diagnostic : “Depuis 2020, les repères ont disparu. Les dirigeants évoluent dans un environnement d’incertitude croissante, désormais rythmé par les crises.”

Pourquoi les agriculteurs achètent moins ?

Le prix du matériel

La première raison, c’est la capacité d’investissement des exploitations. En 2024, la branche agricole française a investi 12,63 milliards d’euros, soit une baisse de 14,6 % par rapport à 2023. Les investissements dans le matériel ont reculé encore plus fortement, avec une chute de 18,5 %.

Ce recul est logique dans un contexte où les charges pèsent lourd. Les charges de mécanisation représentent en moyenne 25 % des charges des exploitations agricoles en 2024. Elles ont augmenté de 30 % entre 2020 et 2024. Pour un agriculteur ou un éleveur, le matériel coûte donc plus cher à financer, à entretenir et à amortir.

AXEMA souligne aussi un changement de comportement. Le poids des amortissements de matériel recule, tandis que les travaux par tiers et la location ou le crédit-bail progressent. Cela traduit une tendance de fond : certains agriculteurs cherchent à limiter la propriété directe du matériel, notamment parce que les machines sont devenues plus chères.

©Rapport économique 2026 -AXEMA
Graphique 2 -Evolution des prix à la production et à l'achat des agroéquipements (2010-2025). Sources : INSEE, Agreste

Cette augmentation se traduit aussi par une augmentation des prix à la production. Entre 2020 et 2023 les prix à la production des agroéquipements ont augmenté de 26 %. Même si les prix se sont stabilisés en 2024 et 2025, le niveau atteint reste élevé.

Résultat: Entre 2020 et 2025, les prix d’achat des agroéquipements ont augmenté de 20 %, et les prix à la production de 29 %. Ainsi même si la hausse ralentit, les machines ne sont pas redevenues bon marché. Et quand le prix du matériel progresse plus vite que les prix agricoles, le pouvoir d’achat des exploitations en équipements diminue. AXEMA indique clairement que cet écart entre prix du matériel et prix des biens agricoles pèse directement sur la demande.

Les taux de crédit freinent aussi les décisions

Toujours selon le rapport, les taux d’intérêt influencent à la fois les clients finaux et les distributeurs. Quand les taux montent, le coût du crédit augmente pour les agriculteurs, mais aussi le coût des stocks pour les concessionnaires.

Or, dans ses prévisions, AXEMA retient un taux d’intérêt des obligations d’État à 10 ans de 3,6 % en 2026, contre 3,4 % en 2025. Par conséquent, pour des investissements lourds, comme un tracteur, une moissonneuse ou du matériel d’élevage, quelques points de financement peuvent suffire à décaler une décision d’achat.

©Rapport économique 2026 -AXEMA
Tableau 6 –Le scénario prévisionnel d’Axema pour les années 2026 et 2027. Source : AXEMA, sauf (*) Scénario de base de la Banque de France (actualisé en mars 2026).

C’est particulièrement vrai quand la trésorerie est déjà tendue. Dans son éditorial, AXEMA parle de trésoreries agricoles sous tension, de remontée des taux, de prix insuffisamment rémunérateurs et de moral dégradé . Ce cocktail rend les investissements plus difficiles à déclencher, sauf quand il s’agit de renouvellement indispensable.

En juin 2026, peut-on encore attendre une reprise ?

La réponse du rapport économique 2026 d’AXEMA est prudente, mais assez claire : une vraie reprise en 2026 paraît peu probable.

Premier signal : les prises de commandes.

Après trois années de baisse, elles se sont redressées de 8,5 % en 2025. Mais leur niveau reste bas, comparable à une année médiocre comme 2017, et encore 15 % sous une année normale comme 2018.

Deuxième signal : une dynamique qui est déjà essoufflée.

Le premier trimestre 2025 avait été positif, avec +18 % de prises de commandes. Mais la tendance est ensuite retombée aux deuxième et troisième trimestres, avant de se retourner en fin d’année. Plus inquiétant encore : au premier trimestre 2026, les prises de commandes reculent de 6 % sur un an.

Troisième signal : les carnets de commandes restent faibles.

En janvier 2026, seuls 39 % des dirigeants interrogés jugent leurs carnets de commandes satisfaisants. Ce n’est pas le niveau d’un marché en train de repartir.

2027, horizon plus crédible pour une reprise modérée

Le rapport envisage bien un rebond, mais plutôt en 2027. Le marché apparent des agroéquipements neufs passerait de 7,1 milliards d’euros en 2026 à 7,5 milliards d’euros en 2027. Cela représenterait une hausse d’environ 5 % en 2027.

©Rapport économique 2026 -AXEMA
Graphique 7 - Le marché apparent des agroéquipements neufs en France (2000-2027). Source : Axema, d'après données primaires provenant de l'INSEE et des Douanes

Ce rebond resterait modéré. Il interviendrait surtout après trois années de baisse du marché. Il s’agirait donc davantage d’un redémarrage progressif que d’un retour rapide aux niveaux très élevés de 2022 et 2023.

Ainsi pour 2026, le marché du machinisme agricole reste coincé entre plusieurs freins mais la vraie question n’est plus vraiment de savoir si le marché va repartir cette année. Elle est plutôt de savoir dans quelles conditions il pourra repartir en 2027.

Source : Rapport économique 2026 - AXEMA.

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